Les Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) ont été indéniablement l’événement de l’été. J’ai beaucoup aimé les jeux, j’ai vu de nombreuses épreuves. Un rêve pour moi, j’ai eu de la chance d’être sur place et d’avoir les moyens d’assister en tribune à plusieurs sports. La France aux JOP s’en sort très bien, nous avons battu tous nos records de médailles. Sur les paralympiques spécifiquement, nous partons de tellement loin que tous nos succès sont des exploits. L’ambiance en tribune était impressionnante et la médiatisation correcte a mis un coup de projecteur sur des sportifs qui brilleront à l’avenir. Pourtant, au fond de moi, je suis inquiet, d’une part, j’ai le sentiment que nous n’avons pas fait assez pour préparer et accompagner nos athlètes et d’autre part, maintenant que l’événement est passé, la situation d’un point de vue politique publique du sport et politique sociale ne risque-t-elle pas de s’aggraver, surtout vu l’état de nos finances actuelles ? Le sport a une utilité sociale, il crée du lien, il peut proposer une ascension sociale et visibiliser des minorités, il peut développer et valoriser des territoires et aussi à juste dose est bénéfique sur la santé. Et pour faire suite aux JOP, au-delà du sport, c’est aussi les conditions de vie des personnes en situation de handicap qu’il faut questionner dans la société. Bien que des lois existent sur l’accessibilité par exemple, elles ne sont pas respectées. Il ne faut donc pas relâcher nos efforts, bien au contraire !
Une fois le constat posé, quelles sont les mesures à mettre en place pour avoir une politique publique du sport innovante ? Déjà, notre politique publique du sport est vieillissante, l’INSEP, notre fabrique des champions est encore un héritage gaullien… Sauf que depuis, le sport a connu plus d’un demi-siècle d’innovation ! Aussi, voici 3 pôles de réflexion :
Développer le sport pour tous
Pour faire du sport, il faut des infrastructures. Dans mon exemple personnel, quand on est jeune et qu’on vit dans le monde rural, si on veut faire du sport, on n’a pas le choix. Dans le Sud-Ouest, c’est foot ou rugby. Le handball, grâce aux succès de l’équipe de France et à sa promotion à l’école, est venu compléter l’offre sportive. Dans les villages les plus aisés, il y a éventuellement un club de tennis. Le problème des infrastructures, c’est qu’elles sont chères, trop chères pour le budget de petites communes et que l’Etat se désengage des financements. Dans la pratique, la solution souvent appliquée est le recours au parc privé, mais dans ce cas la structure n’est plus libre d’accès et cela crée des inégalités. Autre solution : les territoires sont priorisés et ce sont alors toujours les mêmes qui sont privés des services publics. Il ne faut pas non plus sur-équiper les territoires, mais fournir le juste service nécessaire à la population pour qu’on donne les moyens de pratiquer une activité physique et de pouvoir aller plus loin pour celles et ceux qui souhaitent s’investir davantage.
Autre point, la parité dans le sport se fait difficilement. La France n’échappe pas aux biais sexistes et pendant trop longtemps, on a encouragé seulement les hommes à faire du sport. Les sports les plus populaires en France sont des sports considérés comme “masculins” (football, rugby). D’ailleurs, les équipes féminines de ces mêmes sports sont moins bien soutenues, médiatisées et rémunérées. Les sports perçus comme “féminins” sont moins développés (gymnastique). Et même les sports pratiqués en majorité par les femmes sont finalement dominés par des hommes en compétition (équitation). Le tableau des médailles le démontre, nos médailles sont essentiellement masculines. Parmi les pays qui ont gagné le plus de médailles, nous sommes le pays qui est le plus inégalitaire. A contrario, la Chine, les États-Unis et l’Australie sont boostés par le sport féminin. Et si les femmes ont un moins bon accès au sport que les hommes, cet accès est encore plus difficile pour les personnes en situation de handicap. Je vois de la sensibilisation partout sur une société plus inclusive, mais je ne vois les résultats et les moyens à mettre en œuvre nulle part. Les infrastructures sportives que je connais ne sont pas accessibles et encore moins les transports en commun pour s’y rendre.
L’éducation a un rôle prépondérant à jouer dans le développement du sport en France. Les établissements scolaires offrent un maillage intéressant d’un point de vue territorial en tant que fournisseur de service public d’éducation et de sport. Dans les petites communes, pourquoi pas systématiquement fusionner les infrastructures de l’école avec les infrastructures sportives ouvertes au grand public en ouvrant l’accès aux associations sportives en dehors des heures d’école. Au-delà des infrastructures, on ne donne en France pas assez de temps scolaire au sport. Dans d’autres pays, les après-midis sont consacrés dans les écoles à la pratique d’activités sportives, artistiques, culturelles ou sociales. Il faut donner aux enfants la chance de choisir une activité pour s’épanouir. Le sport à l’école ne doit pas faire des élèves des champions, elle doit assurer que les enfants, quel que soit leur milieu social, aient les mêmes chances de pratiquer une activité physique, de découvrir de nouveaux sports en leur donnant les bases leur permettant d’aller plus loin si nécessaire. A ce stade, pas de compétition, juste de l’éveil en leur donnant toutes les clés d’une pratique raisonnée du sport, échauffement, jeu sportif, étirement, prévention. A travers des jeux sportifs, l’enfant peut développer des bons réflexes, de nouvelles compétences, apprendre à évoluer en équipe.
Aider les athlètes de haut niveau
Hormis pour les 200 footballeurs professionnels ou les méga-stars du sport professionnel français, il n’est pas possible de vivre du sport en France. Comme cette activité ne permet pas de vivre, certains de nos meilleurs talents ne persévèrent pas dans cette vocation. D’autres doivent mener 2 vies, une vie professionnelle et une vie de sportif. D’autres encore, cherchent des partenaires pour se faire financer. Pour ces sportifs amateurs de haut niveau, ce temps passé à chercher des fonds pour vivre est autant de temps d’entraînement perdu. La fonction publique et souvent l’armée s’avèrent être des alliés pour les sportifs en leur offrant un horizon professionnel les libérant de toute charge de travail pour leur assurer du temps nécessaire à la performance, voire des infrastructures militaires pour s’entraîner. Est-ce que ce fonctionnement pourrait être généralisé à tous les sportifs professionnels ou est-ce qu’un meilleur système est possible ? Quid aussi de toutes les personnes qui accompagnent la performance, entraîneurs, préparateurs physique et mental, ingénieur data, agent, planificateur, masseur, médecin, cuisinier… Peut-on imaginer un système plus solidaire entre tous les professionnels du sport ? Pour 1 Kylian Mbappé formé en France, combien de professionnels du sport pourrait vivre décemment avec une partie de ses millions d’euros gagnés par mois ? Quand la solution publique ne suffit pas, le recours au bon vouloir des entreprises privées françaises peut être envisagé. Il y a déjà des accords de mécénat, où en échange de financements, les sportifs viennent rencontrer les salariés de la boîte. On retrouve toujours les mêmes entreprises qui s’intéressent au sport et ce ne sont pas les plus fortunées. Où sont nos milliardaires comme Bernard Arnault, dont les entreprises ont été si bien mises en avant pendant les JO, quand il s’agit d’aider les sportifs ? Qu’offrent-t-ils au sport français en contrepartie ?
Les sportifs français ont du mal à gérer leur mental pendant les compétitions. Les exemples ne manquent pas, aucun sport n’y échappe… Maîtriser sa force mentale est un pré-requis pour une bonne performance. La capacité physique ne fait pas tout. Quand bien même les capacités physiques font de nos athlètes français des favoris incontestés, il arrive que le mental lâche ou que la pression soit trop dure. On peut donner quelques exemples où la lucidité a fait défaut à nos français : au basketball, les basketteuses de 3×3 étaient quasi invincibles, et la magie a disparu dès le premier match. Leur seul bon match a été leur dernier qui a été joué sans pression, puisqu’elles se savaient déjà éliminées. Idem en voile, celles et ceux qui pouvaient jouer la médaille sont passés à côté de la dernière course, la plus cruciale. Inversement, celles et ceux qui n’avaient plus rien à gagner faisaient alors une dernière course extraordinaire. Aussi, on aura vu que les champions français qui ont préparé leur mental ont performé. Léon Marchand, parti s’entraîner aux États-Unis, a appris à résister à la pression. Les américains sont en avance dans ce domaine. C’est aussi une question de société, en France voir un psy est mal vu et est perçu comme un signe de faiblesse, alors qu’il devrait être normal de se faire accompagner psychologiquement dans les moments difficiles..
Soutenir le sport
C’est quelque chose que je vois de plus en plus et qui me fait plaisir. J’ai le sentiment qu’une vraie culture du “supporter” est née en France et bien que nos héros ne brillent pas toujours, ils sont quand même soutenus. Pour les JOP de Paris, des groupes de supporters de football ont travaillé avec des supporters des autres sports pour chauffer les tribunes. Chants de supporters, animations, pancartes à l’effigie de nos héros. La bonne humeur restait présente même sans sportif français à supporter. C’était extraordinaire à vivre. Maintenant que nous n’avons plus de grands événements à vivre chez nous, il faut arriver à reproduire ce que nous avons fait chez les autres. Sur ce point, j’ai été impressionné de voir autant d’étrangers. Alors que nous Français ne nous déplaçons pas beaucoup lors d’événements à l’étranger. Un exemple à suivre selon moi sont les Pays-Bas, où les supporters sont nombreux à se déplacer, ils sont partout, sur les routes du Tour de France, sur les circuits de formule 1, dans les stades de foot… Vous allez me dire, il faut avoir les moyens- ce qui est vrai- mais une bonne organisation est également la clé avec des structures de supporters, des financements, un tissu associatif etc… C’est une question culturelle et cela prendra du temps à se mettre en place, même si effectivement, on voit déjà des changements qui peuvent sûrement s’expliquer par ce qui suit.
Depuis la coupe du monde de football 1998, la France a accueilli un grand nombre de grands événements sportifs et cela s’est accéléré depuis 2016. Que ce soit du sport masculin ou féminin, les Français s’y sont intéressés, ont vibré et cela leur a donné l’envie de continuer à s’intéresser à ces sports. Il est donc important d’arriver à mettre en avant de nouvelles disciplines par l’accueil de coupes d’Europe ou du Monde et selon les sports, il n’est pas nécessaire de tout organiser à Paris. La France a aussi la chance de déjà organiser chez elle des compétitions de renommées mondiales telles que le Tour de France, Roland Garros, les 24h du Mans, des matchs du tournoi des VI Nations, le marathon de Paris, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, le Grand-Raid de la Réunion, et d’être le point de départ de grandes courses de Voile. Mais il y a encore des progrès à faire ! Les compétitions mentionnées ici sont des sports déjà très populaires en France et surtout des compétitions masculines. Le Tour de France féminin n’a fait son retour qu’il y a 3 ans ! Et face à la réussite des Frères Lebrun, Montpellier vient seulement cette année de réussir à obtenir l’organisation d’un tournoi majeur de tennis de table.
En conclusion, le sport est un soft power indispensable au XXIe siècle. A vous de juger si une politique publique du sport devrait être une politique publique prioritaire !


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