Dans le travail dans la pop culture, j’ai parlé des livres, des films, des BD et des jeux de société.
Je vais maintenant traiter d’un média dont je n’ai pas encore parlé : le manga
En particulier une série publiée en 2023 : Bosse ou crève !
Le titre donne la couleur. On est dans un Japon dystopique quasiment contemporain. La démocratie est tombée dans les mains d’une organisation scientifique.
Cette société aurait développé une nouvelle technologie qui améliorerait les performances humaines.
Dès lors et depuis le 22 février 2022, une loi de reprogrammation des inactifs est mise en place.
Ce qui signifie que toute personne valide âgée entre 25 et 65 ans, incapables de justifier un revenu d’environ 500€ durant 180 jours doivent être reprogrammés.
L’histoire suit celle d’un jeune cadre supérieur plein de succès. Il méprise les inactifs, pour lui, ils n’ont que ce qu’ils méritent. Lui est parti de rien et à force de persévérance a pu rejoindre l’élite. Sauf que les reprogrammés concurrencent sérieusement les travailleurs « normaux ». Le protagoniste va jouer de malchance et devenir malgré lui un inactif soumis à la loi de reprogrammation.
On finit alors par comprendre le destin qui attend les inactifs, 2 solutions, soit être reprogrammé, mais ce qui signifie un lavage de cerveau où l’on perd tous ses souvenirs de sa vie d’avant et donc tous les liens familiaux et amicaux ou pour les pires des inactifs, on les envoie dans un camp de l’agence de sécurité pour les former à travailler pour cette entité.
Dans ce camp, les inactifs sont humiliés, traumatisés, considérés comme des animaux, drogués pour les asservir. Ils doivent perdre toute leur humanité pour devenir des bons agents qui devront combattre des « ennemis ».
Des associations s’opposent à cette loi qui ne respecte pas les droits de l’homme, mais comme elle est bénéfique sur l’économie, elles deviennent vite stigmatisées et en recourant à la violence sont considérées comme des organisations terroristes.
Le sujet se détourne alors du travail du tome 2 au 5, car le mangaka ne questionne plus vraiment de la question de pourquoi les personnes sont inactives. On est plus dans une lutte pour la survie et l’enquête des machinations derrière la loi de reprogrammation.
À travers les différents personnages, on apprend que les causes de l’inactivité sont diverses : maladie, échec entrepreneurial, âgisme, envie de se réorienter, divorce, idéaux différents, et même envie d’être reprogrammé pour devenir une meilleure personne.
Dans les faits, mais sans en dire trop, la reprogrammation ne marche pas si bien et un scandale se cache derrière et c’est toute la population qui est en danger.
Pour ma part, j’ai trouvé le pitch de base de l’histoire très intéressante, mais on quitte trop vite le sujet du social par un thème horrifique. L’histoire est un peu difficile à suivre entre les flashbacks et les ellipses. Les dessins sont aussi très durs et sont destinés uniquement à un public averti. Je ne conseille pas sa lecture dans sa globalité si vous n’aimez pas les mangas. Il faut être familier du genre pour pouvoir pleinement l’apprécier.
Le manga porte bien les messages des difficultés que rencontrent les inactifs, ils sont considérés comme des poids pour la société. On ne prend pas le temps de comprendre pourquoi ils en sont arrivés là et qu’une fois exclu, il est plus difficile qu’on le croit de retrouver un emploi. C’est l’individu qui est pointé comme responsable. Alors que le problème est parfois exogène à la personne. Un des tomes montre que l’employeur dans le licenciement a aussi une responsabilité. Un des personnages est humilié par son employeur qui ne le fait pas progresser, épuisé, il n’a pas le choix que de partir et en 6 mois n’a pas le temps de rebondir. L’autre message est bien que le chômage peut arriver à tout le monde, il ne faut jamais se croire à l’abri. Cette réflexion semble compréhensible dans la société japonaise, où le travail occupe une place sociale prépondérante. Avec une vraie critique des jeunes japonais qui préfère rester chez eux à lire des mangas et jouer aux jeux vidéos. Mais elle me parait aussi de plus en plus universelle, car c’est des débats que nous avons eus récemment en France. La vision des chômeurs est aussi de plus en plus dégradée et finalement ce qui est de la science-fiction n’est pas si loin de la réalité.
En conclusion, s’il ne faut retenir qu’une chose, c’est le postulat qui lance l’histoire, l’auteur dénonce les dérives d’une société autoritaire qui s’en prendrait aux droits sociaux des plus fragiles. Derrière le travail, il y a des vies, des êtres humains comme nous qui ne sont pas responsables de leurs destins. Il ne faut pas les mépriser et au contraire les soutenir. Ce maillon du respect est un des piliers essentiels de la démocratie, accepter de maltraiter les inactifs conduit à d’autres dérives violentes.


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