Le RN le nouveau parti des jeunes ?

J’avais prévu cet article en anticipation des résultats aux européennes. Il y avait malheureusement peu de suspense sur ces résultats des élections européennes du 9 juin 2024. J’ai 30 ans, je suis donc dans la tranche d’âge des jeunes adultes. L’époque de mes 18-24 ans n’est pas si loin que ça, j’ai encore des connaissances dans cette tranche d’âge. Aujourd’hui, 32% des jeunes de 18-24 ans qui ont voté aux élections européennes, ont voté pour la liste de Jordan Bardella, contre 15% des 18-24 ans qui avaient voté pour le Front National aux élections européennes de 2019.

J’avais moins de 10 ans en 2002, quand le FN a atteint pour la première fois le second tour de l’élection présidentielle. L’émotion avait alors été grande. 20 ans plus tard, le “cordon sanitaire” entourant l’extrême droite semble s’être dissous, y compris au sein de la jeunesse qui adhère de plus en plus à certaines idées du RN ; idées largement diffusées dans le débat public par divers médias.

Sur ce sujet, je vous recommande le reportage d’Arte intitulé « France : la jeunesse n’emmerde plus le RN » – à voir ici et qui est une illustration de cette jeunesse. Il y a désormais de nouvelles têtes au RN et le pari d’un candidat jeune présent sur les réseaux sociaux séduit fortement cet électorat.

On serait donc loin du cliché d’une jeunesse qui vote majoritairement à gauche.

C’est l’occasion de rappeler que la jeunesse n’est pas un groupe social uniforme. Toute la jeunesse n’a pas accès aux études supérieures. Tous les jeunes ne vivent pas en ville. Le jeune électorat du RN trouve son terreau dans les NEET (en français, les jeunes qui ne sont ni en études, ni en emploi, ni en stage). Ces NEET représentent environ 10% des jeunes et on les retrouve en grande majorité dans les territoires ruraux. C’est une jeunesse qui grandira et continuera à vivre dans la précarité. La France est particulièrement chiche en aides sociales envers la jeunesse. Se sentant oubliée, elle ne supporte plus ceux qu’elle perçoit comme les élites et leurs décisions et se tourne donc vers un choix populiste.

Cette jeunesse est un exemple plus général d’une fracture sociale française. Ces jeunes sont enfermés dans des territoires qui sont de moins en moins attractifs ; comme leurs parents, qui ont été déclassés par la crise, humiliés lors des gilets jaunes et privés de droits sociaux comme la retraite ou le chômage. Dans ces territoires délaissés, les emplois qui restent sont ceux du “back-office”. C’est-à-dire des travailleurs dans les métiers du service qui subissent toutes les contraintes (horaires décalés, faible salaire, beaucoup de transport) et réalisent des tâches ingrates sans bénéficier d’une reconnaissance légitime.

Pour terminer, si on regarde en détail le vote des 18-24 ans, il est possible de relativiser le bon résultat du RN. Déjà, hélas, la grande majorité des jeunes n’est pas allée aux urnes dimanche dernier. En prenant en compte l’abstention, les jeunes qui ont voté pour Bardella ne représentent que 10% de la classe d’âge. Soit autant que les jeunes qui ont voté pour LFI.

En conclusion, nous sommes à nouveau appelés au vote en juin et juillet. La question du travail sera, je l’espère, au cœur de cette courte campagne. Le ras-le-bol des français lié aux impacts négatifs du travail dans leur vie ne fait qu’accroitre la colère des électeurs. Espérons que la gauche saura convaincre sur ces sujets pour ne pas laisser l’extrême droite se poser artificiellement en alternative sociale.


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